Wardogs devait être la surprise de la rentrée pour Bulkhead Interactive. C'est devenu autre chose : un succès commercial réel, mais éclipsé par une polémique sur le crunch que son propre CEO a allumée en toute connaissance de cause.
Un lancement en accès anticipé qui dépasse les attentes
Wardogs, c'est le nouveau pari du studio britannique Bulkhead Interactive, déjà connu pour The Turing Test et Battalion 1944. Le concept : un tir multijoueur militaire façon battle royale, avec cent joueurs qui s'affrontent sur une même carte. Après une bêta fermée organisée le 22 août 2026, le jeu est sorti en accès anticipé sur PC via Steam le 10 septembre 2026. Les versions PS5 et Xbox Series, elles, ne sont attendues qu'en 2028.
Le pari a payé, en tout cas côté ventes. Selon les informations qui circulent, Wardogs aurait dépassé les 2 millions de copies vendues peu après son lancement, un chiffre qui place immédiatement Bulkhead parmi les belles surprises indépendantes de cette fin d'année 2026, dans un marché où la logique de jeu service a souvent viré à l'usine à frustration plutôt qu'au succès durable.
Un CEO qui assume écarter les candidats anti-crunch
C'est dans ce contexte de succès que Joe Brammer, CEO de Bulkhead Interactive, a tenu des propos qui ont mis le feu aux poudres. Lors d'une interview accordée au podcast The Game Business, animé par Christopher Dring, il aurait déclaré, selon ce qui a été rapporté : « On regarde les réseaux sociaux des candidats, et si vous tweetez constamment des messages anti-crunch (...), on le sait, et on se dit que vous ne serez pas heureux ici, donc on ne vous prendra pas. »
Rien n'a été présenté officiellement par le studio comme une politique de recrutement formelle, mais ces propos, tenus directement par le CEO, ont suffi à mettre le sujet sur la table. L'affaire a pris une tournure plus concrète encore lorsque Brammer avait lui-même, d'après ce qui a été rapporté, posté une vidéo montrant des lits installés dans les locaux du studio, avec des employés présents depuis deux jours d'affilée au moment du lancement du jeu.
Une polémique qui dépasse le seul cas Bulkhead
Le sujet du crunch revient régulièrement hanter l'industrie du jeu vidéo, et ce nouvel épisode a été repris par plusieurs médias entre le 15 et le 17 septembre 2026. Ce qui interroge ici, ce n'est pas tant l'existence de longues heures de travail en fin de développement, un phénomène documenté depuis des années, que le fait qu'un dirigeant l'assume publiquement comme critère d'embauche.
La tentative de désamorçage du 16 septembre
Face au tollé, Joe Brammer a publié une nouvelle déclaration le 16 septembre 2026. Il y affirme que le crunch n'a rien d'obligatoire chez Bulkhead : « Aucune information ne dit que c'est obligatoire, ils ont inventé ça. » Il précise aussi que 80 % des parts du studio seraient détenues par 50 % du personnel, et que Bulkhead aurait offert tout le mois de décembre à ses équipes, en plus d'une semaine de travail sur quatre jours pendant la moitié du développement de Wardogs.
Ce message change le ton : après des propos assumés sur le tri des candidats, place à la défense d'une culture d'entreprise présentée comme plus souple que la moyenne du secteur. Reste que les deux versions cohabitent difficilement, et que rien n'indique, à ce stade, laquelle des deux images du studio est la plus fidèle à la réalité vécue par ses employés.
Mon avis
Un studio peut réussir un lancement et se prendre les pieds dans le tapis de la communication le lendemain, ça arrive. Mais assumer publiquement écarter des candidats parce qu'ils critiquent le crunch, puis revenir dessus deux jours plus tard avec des chiffres d'actionnariat, ça sent surtout la gestion de crise après-coup plutôt qu'une position tenue depuis le début. Le succès de Wardogs, lui, ne dépend d'aucune de ces deux déclarations : il se mesure aux 2 millions de copies vendues, un chiffre qui, pour l'instant, tient la route.



