Ça discute ferme depuis le week-end du 6 et 7 octobre : interrogé sur le podcast The Expansion Pass, Shawn Layden, ancien patron de PlayStation Worldwide Studios, est revenu sur l'arrêt programmé des disques physiques PlayStation en 2028, et il ne mâche pas ses mots sur ce que Sony risque d'y perdre.
Le rappel des faits, et la sortie de Layden
Sony l'a annoncé officiellement le 1er juillet 2026 : la production de disques physiques s'arrêtera pour tous les nouveaux jeux PlayStation à partir de janvier 2028. Les titres déjà sortis avant cette date resteront disponibles en version disque, mais toute nouveauté lancée après le couperet sera numérique uniquement. Sur le papier, la logique économique se comprend : le téléchargement représenterait entre 82 et 85 % des ventes de jeux complets sur PS4 et PS5, contre seulement 15 à 18 % pour le physique.
C'est précisément ce calcul que Shawn Layden vient interroger. Sur The Expansion Pass, il reconnaît sans détour qu'environ 80 % des joueurs préfèrent effectivement le numérique. Mais il insiste sur le reste : les 20 % qui achètent encore des boîtes ne sont pas une anecdote statistique à ses yeux, mais, selon ses propres mots rapportés, « une portion super importante » du public PlayStation.
« Les plus fidèles des fidèles »
Ce qui frappe dans son intervention, c'est la description qu'il fait de cette minorité. D'après ce qui a été rapporté, Layden la qualifie de « plus fidèles des fidèles », évoquant des joueurs qui achètent parfois deux exemplaires du même jeu : un pour jouer, un autre encore scellé, gardé comme pièce de collection. C'est une mécanique d'attachement que je reconnais bien dans d'autres univers où la possession d'un objet compte autant que son usage.
Sa formule la plus marquante reste celle-ci, citée verbatim : « Si vous ne pouvez pas vendre une chose, cela veut dire que vous ne la possédez pas. Et si vous ne la possédez pas, alors qu'achetez-vous ? » Une question qui touche directement à la nature de la licence numérique, qu'on ne revend pas, qu'on ne prête pas, qu'on n'exhibe pas sur une étagère.
Ce que perd une étagère vide
En tant que photographe et graphiste, je ne peux pas lire cette sortie sans penser à ce que représente concrètement un boîtier de jeu : une jaquette pensée comme une image à part entière, un dos de boîte qui raconte déjà une ambiance, un objet qu'on manipule, qu'on range, qu'on montre. Le numérique a gagné en confort, personne ne le conteste, mais il a aussi effacé toute cette dimension visuelle et tactile de la collection.
Une question de marque, pas seulement de logistique
C'est exactement l'angle que prend Layden : il ne s'agit pas de défendre un format par nostalgie, mais de rappeler qu'une partie de l'identité PlayStation s'est construite sur cette culture de l'objet, du vinyle vidéoludique en quelque sorte. Abandonner cette frange de joueurs, ce n'est pas seulement perdre quelques points de chiffre d'affaires sur le physique : c'est risquer de distendre le lien émotionnel avec ceux qui ont le plus investi, au sens propre comme au figuré, dans la marque.
Un avertissement, pas un appel à l'annulation
Il faut le préciser pour ne pas déformer son propos : Shawn Layden ne réclame pas, d'après ce qui a été rapporté, l'annulation de la décision de Sony. Il dit plutôt s'interroger sur son bien-fondé pour la marque PlayStation sur le long terme. Une nuance importante, puisque rien n'indique que Sony envisage de revenir sur son calendrier annoncé en juillet 2026, et le studio n'a pas communiqué officiellement en réaction aux propos de son ancien dirigeant.
Reste que la sortie de Layden, relayée massivement début octobre, remet sur la table un débat qui dépasse PlayStation : celui de la valeur qu'on accorde encore, en 2026, à posséder vraiment ce qu'on achète.



