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Un artiste répond au Tetris pro-mur de Trump par un jeu-pont

Face à « Build the Wall », le jeu officiel de la Maison Blanche, un artiste néerlandais a codé sa propre réponse en pixels, et elle change tout le sens du jeu.

Illustration : Un artiste répond au Tetris pro-mur de Trump par un jeu-pont

Début septembre, la Maison Blanche a mis en ligne Arcade.Gov, un site de mini-jeux rétro parmi lesquels un clone de Tetris baptisé « Build the Wall », où l'on empile des blocs pour ériger un mur frontalier. Quelques jours plus tard, un artiste néerlandais a retourné le concept avec un jeu gratuit qui fait exactement l'inverse : construire un pont.

Vidéo officielle

Un Tetris à message politique signé Maison Blanche

C'est officiel depuis le 3 septembre : la Maison Blanche a lancé Arcade.Gov, une page proposant cinq mini-jeux au style rétro. Parmi eux, « Build the Wall » reprend sans détour la formule de Tetris, mais détourne son objectif habituel. Ici, pas question d'effacer des lignes : le joueur empile des blocs pour faire grimper un mur frontalier le plus haut possible.

Le choix esthétique n'a rien d'anodin. En s'appropriant l'un des jeux les plus reconnaissables de l'histoire du médium, l'administration américaine a transformé une mécanique culte en outil de communication politique, ce qui n'a pas manqué de faire réagir bien au-delà du monde du jeu vidéo.

Build that Bridge : la mécanique inversée

C'est là qu'intervient Wouter Sieuwerts. D'après ce qui a été rapporté, cet artiste néerlandais aurait conçu en réaction « Build that Bridge », un jeu gratuit et jouable directement dans le navigateur, sans installation. Le titre reprend la même mécanique héritée de Tetris, mais en inverse totalement la logique : ici, ce n'est plus l'empilement qui fait progresser la construction, mais l'effacement des lignes, qui fait grandir un pont reliant deux rives plutôt qu'un mur qui sépare.

Un geste simple, un symbole fort

L'idée est d'une simplicité redoutable : prendre l'outil même de la provocation initiale et le faire jouer contre son propre message. Là où « Build the Wall » célèbre la séparation bloc par bloc, « Build that Bridge » célèbre la connexion ligne par ligne. Le jeu serait disponible gratuitement sur buildthatbridge.eu, sans publicité, sans collecte de données et sans obligation de créer un compte, à en croire les informations qui circulent à ce sujet.

Autre détail qui pèse dans la balance symbolique : le jeu renverrait les joueurs intéressés vers l'UNHCR, l'agence des Nations unies pour les réfugiés, pour soutenir concrètement les efforts de réinstallation. Un mini-jeu gratuit qui pointe vers une cause humanitaire plutôt que vers un site officiel, le contraste avec Arcade.Gov est difficile à manquer.

Tetris n'a jamais donné son accord

Le volet politique n'est pas le seul terrain glissant de cette histoire. Selon une déclaration reprise par la presse début septembre, The Tetris Company affirmerait n'avoir aucun lien avec « Build the Wall » et évoquerait une possible atteinte à ses droits. Rien n'a été confirmé officiellement quant à une éventuelle suite judiciaire, mais la position de l'entreprise est sans ambiguïté : elle n'a pas autorisé l'usage de sa formule à des fins de communication gouvernementale.

Cette situation place Arcade.Gov dans une zone inconfortable, à la croisée de la propriété intellectuelle et de la communication institutionnelle. Et elle donne, presque malgré elle, une légitimité supplémentaire au geste de Wouter Sieuwerts : répondre à un détournement contesté par un autre détournement, mais assumé comme tel et à but non lucratif.

Le jeu vidéo comme outil de discours

Cette affaire relance un débat qui revient régulièrement dans notre milieu : jusqu'où un jeu, même minuscule, peut-il porter un message politique sans se réduire à un simple gadget ? « Build the Wall » et « Build that Bridge » sont tous deux des jeux extrêmement courts, construits sur une mécanique vieille de quarante ans, et pourtant ils réussissent chacun à leur manière à cristalliser un positionnement complet en quelques minutes de jeu.

Que l'on partage ou non l'angle choisi par l'un ou par l'autre, difficile de ne pas trouver la réponse de l'artiste néerlandais plus maligne dans son exécution : elle ne se contente pas de critiquer de l'extérieur, elle retourne littéralement l'outil de la provocation contre elle-même.

Sources